J’ai toujours aimé la politique. Depuis que je suis toute jeune, je suis l’actualité de près. Dans ma carrière, j’ai aussi eu la chance de côtoyer des hommes et des femmes qui se consacraient au service public, et de les aider dans leurs communications. Je m’intéresse à la politique parce que c’est un miroir de notre monde, de ses rapports de force et, parfois, de ses rêves collectifs.
En écoutant le discours de Mark Carney à Davos cette semaine, une phrase m’est restée en tête: « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu. » Au-delà de la géopolitique, cette phrase m’a interpellée comme dirigeante, car elle met en lumière une réalité que plusieurs ressentent. Il est clair que le monde dans lequel on vit a changé, et continuer comme avant n’est plus une option.
Le début d’autre chose
Mark Carney parle de rupture. Il affirme que l’ordre mondial tel qu’on l’a connu ne reviendra pas. Dans notre univers d’affaires, nous vivons nous aussi une forme de rupture. La concentration des pouvoirs, la domination de grands groupes, la mondialisation accélérée des plateformes et la standardisation des modèles mettent une pression réelle sur les organisations indépendantes. Pas seulement sur leur rentabilité, mais sur leur capacité à rester créatives, agiles et fidèles à leurs valeurs.
Grossir. S’intégrer. Se fondre dans des structures plus grandes pour se protéger. Comme le souligne Mark Carney à propos des « puissances moyennes », l’alternative à l’isolement n’est pas nécessairement la soumission. L’autre voie, c’est celle de la coopération. Ça me parle beaucoup.
Les puissances moyennes, comme les plus petites entreprises, ne sont pas impuissantes. Elles ont des ressources, des talents, des valeurs et, surtout, la capacité de s’unir pour avoir plus de poids. Cette idée trouve un écho direct dans le monde des affaires, et particulièrement dans celui des agences et des firmes spécialisées. Individuellement, nous pouvons sembler petits face aux géants. Collectivement, nous devenons pertinents, solides et crédibles.
Ce qui m’a plu dans le discours du premier ministre, ce que n’est pas un appel à la confrontation, mais plutôt un appel à la lucidité et à la collaboration. Il dit qu’il faut « cesser de faire semblant », et nommer la réalité telle qu’elle est. Cette posture est à mon sens tout aussi valable en affaires qu’en politique.
Choisir la collaboration plutôt que la dilution
Dans un monde de plus en plus compétitif, la collaboration est un acte stratégique qui permet de demeurer à la table, de participer aux décisions, de proposer des solutions plus riches et plus adaptées. Elle offre aussi une alternative à la croissance à tout prix, souvent synonyme de dilution de la culture, de perte de sens et d’érosion du plaisir de travailler.
Créer des alliances ne se fait pas n’importe comment. Toutes les collaborations ne se valent pas. Certaines sont opportunistes, d’autres purement transactionnelles. Celles auxquelles je crois, et que nous cherchons à bâtir chez Archipel, reposent sur des fondations beaucoup plus profondes : une éthique de travail commune, des valeurs partagées, un respect mutuel des expertises et un désir sincère de livrer un travail à la fois performant et créatif.
Il y a aussi un critère dont on parle trop peu dans les discours d’affaires : le plaisir. Le plaisir de travailler ensemble, de se faire confiance, de débattre sainement, de créer sans se surveiller constamment. Ce plaisir est à mon sens, un puissant moteur de performance et de résilience.
La vision d’Archipel
Chez Archipel, cette réflexion nous amène à repenser notre rôle. Plutôt que de chercher à tout faire à l’interne ou à grossir artificiellement pour répondre à toutes les demandes, nous choisissons de nous entourer. De bâtir un écosystème de partenaires complémentaires, solides, engagés, avec lesquels nous partageons une même vision du travail bien fait. Notre ambition n’est pas de devenir plus gros, mais de devenir plus pertinents.
Ça demande de l’humilité d’accepter que l’expertise se trouve ailleurs. Ça demande aussi de la confiance envers ses partenaires et envers ses clients, à qui l’on propose des équipes élargies et alignées, plutôt qu’une structure monolithique.
Le monde change et les règles changent. Face à cette réalité, rester seul peut sembler plus simple, mais c’est souvent plus risqué. À l’inverse, s’allier de façon réfléchie, choisie et assumée permet non seulement de traverser les périodes de turbulence, mais aussi de bâtir quelque chose de plus durable.
Le discours de Mark Carney m’a rappelé une chose essentielle. Dans un monde fragmenté, lorsqu’elle est fondée sur des valeurs et une vision commune, l’union est une force tranquille redoutable.

— Caroline Barrette, Présidente