Il y a maintenant deux week-ends, en défilant sur mon Facebook (ben oui, ça parle de mon âge, mais j’en ai aussi vu sur Instagram! ;)), je suis tombée sur ce genre de publication : « Tellement fière d’avoir couru mon demi-marathon ce matin! Temps final : 1h58 min. »
En toute transparence, j’étais super contente et fière pour ces personnes, ces amis, car j’en ai fait un l’an dernier, et je sais tout ce que cela prend pour y arriver.
Mais une question m’a traversé l’esprit en courant mon petit 5 km hier soir!
Depuis quand le temps fait-il la valeur de l’effort?
En quoi courir 21 km en 1h58 est-il « meilleur » ou plus admirable que de les courir en 2h27 avec une détermination d’acier, deux ampoules grosses comme des prunes et une volonté de fer? Et je fais moi-même cette comparaison! Mais hier, je me suis arrêtée et me suis demandé : pourquoi? En quoi est-ce si important pour moi? Que signifie un bon temps pour moi, sur ma valeur?
Actuellement en formation pour devenir coach professionnelle, je suis interpellée par cette fixation (fort probablement inconsciente) du résultat chiffré. À qui essaie-t-on de se comparer? Et surtout pourquoi cette obsession constante de la performance absolue?
J’ai toujours pensé que la performance est individuelle dans la vie. Par exemple : je me suis améliorée, je suis devenue meilleure dans XYZ domaine, j’ai travaillé tellement fort pour XYZ…
Et ne vous méprenez pas ici! Je suis TELLEMENT fière des gens qui se sont levés au marathon Beneva, qui font des ultra-marathons, des triathlons, des Spartan Race, qui montent des montagnes, bref fière des ami.es sur mon fil Facebook qui sont sorti.es en famille pour n’importe quel événement! Mais pour moi, leur exploit n’est en rien lié à la place sur le podium, ni au temps par minute. C’est l’effort, la persévérance, la rigueur, le travail acharné, le mental que cela prend de continuer malgré une blessure qui nous fait souffrir, le fait de recommencer un sport que nous avions arrêté qui m’émeut.
Je pense qu’au-delà des chiffres, nous devons aussi trouver une fierté dans ces qualités de détermination qui nous composent en tant qu’humains. Autrement, la personne qui termine dernière au marathon va avoir envie de lâcher la prochaine fois, alors qu’elle est peut-être uniquement en train de retrouver une façon de bouger, à son rythme à elle. Et ça lui a possiblement pris encore plus d’efforts que moi qui cours plus souvent pour réaliser cet exploit.
La dérive du chrono : valoriser le « combien » au lieu du « comment »
Dans le sport comme au quotidien, on a glissé doucement vers une valorisation du chiffre au détriment de l’expérience humaine. On applaudit le score, la vitesse, la métrique. Et je sais que la société est ainsi faite, car cela commence même au primaire, dans nos écoles; les enfants se font comparer à la moyenne, ils se comparent à leurs amis, reçoivent des notes pour leur « performance » orale, etc. Et je ne suis pas de ces mères qui ont écrit à l’école pour dire qu’il ne faut pas faire ça pour le bien-être de nos enfants! Je suis la première à comparer leur note d’examen à la moyenne, pour savoir s’ils sont les seuls à ne pas avoir compris ou s’ils se démarquent!
Mais pourtant, la vraie beauté d’un accomplissement réside dans l’effort, la persévérance, la résilience et le chemin parcouru. Que mes enfants aient 90 % ou 75 %, je m’en fous! Ce que je veux, c’est qu’ils aient étudié, travaillé fort pour arriver là. Si tu as 90 % naturellement parce que tu es bon, sans efforts, c’est, selon moi, beaucoup moins un accomplissement que si tu as 72 % alors qu’habituellement, tu as 60.
Atteindre la ligne d’arrivée d’un projet ou d’une course, c’est un exploit en soi. Qu’importe la vitesse à laquelle on franchit la ligne, c’est l’engagement qu’on y a mis qui devrait inspirer.
Et en entreprise?
Le parallèle avec le monde du travail est frappant, selon moi. Aujourd’hui, les tableaux de bord carburent aux KPI, aux revenus récurrents et aux cibles trimestrielles. Encore une fois, c’est sain et nécessaire pour faire tourner la shop! (Il faut bien payer l’espresso au bureau, héhé). Mais à force de fixer nos yeux sur le tableau de bord, est-ce qu’on ne risque pas de perdre la route de vue?
Pensez deux secondes à Steve Jobs. Lorsqu’il a commencé dans son garage, il ne s’est pas levé un matin en se disant :
« Bon, comment vais-je générer mon premier milliard? »
Il est parti de questions bien plus fondamentales, comme : Quel est le besoin réel? Qu’est-ce qui manque au monde aujourd’hui? Comment créer un produit exceptionnel auquel je crois profondément?
L’argent et la croissance colossale ont été la conséquence de cette vision, pas le point de départ.
Revenir à l’essence même de nos affaires
Il est peut-être temps de faire un retour aux sources et de se poser les bonnes questions dans nos organisations :
- Qu’est-ce qu’on vend, fondamentalement? (Spoiler : ce n’est rarement qu’un service ou un produit, c’est une valeur ajoutée ou une solution à un vrai problème.)
- De quoi nos clients ont-ils réellement besoin?
- Quelle place souhaite-t-on occuper, et avec quelles valeurs?
Un mot sur la bienveillance
En toute franchise, je suis la première à me comparer! Je suis une personne extrêmement exigeante envers moi, et j’apprends la bienveillance, et cela commence par mon propre discours intérieur. C’est possiblement la raison de mon article d’aujourd’hui!
Nous vivons tellement dans une culture de performance, que je pense que nous devons aussi apprendre à être fiers de nos petits pas ou encore de nos moins bonnes performances, car ce sont aussi ces petits pas, ces plus petits exploits qui nous en apprennent sur l’humain que nous sommes.
#j’adoremesamisquifontdesmarathons!!! Soyez juste bienveillants envers vous aussi sur votre valeur!
