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Développer l’ia en entreprise : 
comment réussir ce changement 
sans épuiser les équipes

Blogue

En tant que gestionnaire des opérations et des ressources humaines, je me considère un peu comme un pont entre la stratégie, les équipes et les changements qui transforment notre façon de travailler. Ces derniers mois, un sujet s’est naturellement imposé dans mes journées : l’intelligence artificielle.

J’essaie de suivre les nouvelles tendances, d’évaluer les outils, de comprendre les possibilités qu’offrent les agents IA… mais surtout, de m’assurer que mon équipe ne se sente pas comme une « poule pas de tête » devant cette avalanche de nouveautés.

Parce qu’au-delà de la technologie, c’est l’humain qui m’intéresse.

Et plus j’observe l’évolution de l’IA, plus une conviction s’impose : le véritable défi n’est pas d’intégrer de nouveaux outils. C’est d’accompagner les personnes qui devront vivre avec eux.

L’IA change bien plus que nos outils de travail

L’arrivée des agents IA marque une nouvelle étape. Contrairement aux outils qui répondent simplement à une demande, ces systèmes peuvent désormais analyser une situation, exécuter plusieurs tâches, prendre certaines décisions et automatiser des processus de plus en plus complexes.

Qu’est-ce qu’un agent IA?

Un agent IA est un système capable d’exécuter plusieurs tâches de manière autonome afin d’atteindre un objectif précis. Il peut analyser des informations, prendre certaines décisions selon des règles établies et interagir avec différents outils, avec une intervention humaine plus limitée qu’un assistant conversationnel traditionnel.

Cette évolution ouvre énormément de possibilités pour les organisations.

Mais elle soulève aussi de nombreuses questions.

Comme responsable RH, mon rôle ne consiste donc pas uniquement à intégrer l’IA dans nos processus. Je dois aussi m’assurer que cette transformation ne génère pas de confusion, d’anxiété ou une impression de déshumanisation du travail.

Parce qu’une implantation réussie ne dépend pas seulement des outils choisis.

Elle dépend surtout de la façon dont les employés vivent ce changement.

Oui, les bénéfices sont bien réels… 
mais attention aux effets secondaires.

Soyons honnêtes : je suis convaincue que l’intelligence artificielle apporte énormément de valeur. Les gains sont déjà visibles.

L’IA permet notamment de :

  • automatiser des tâches répétitives;
  • accélérer les recherches d’information;
  • analyser plus rapidement de grands volumes de données;
  • réduire certaines tâches administratives;
  • consacrer davantage de temps aux activités à forte valeur ajoutée.
Ce que l'IA permet Ce que cela libère
Automatiser les tâches répétitives Plus de temps pour les relations humaines
Générer des premiers brouillons Plus de temps pour réfléchir
Accélérer les analyses Plus de temps pour la prise de décision
Réduire les tâches administratives Plus de temps pour accompagner 
les clients et les équipes

Tout cela est positif. Mais je constate aussi un risque dont on parle beaucoup moins. À mesure que les outils deviennent plus performants, il devient tentant d’en demander toujours davantage aux équipes. Si une tâche prend deux fois moins de temps, on ajoute une nouvelle responsabilité. Si une analyse est produite plus rapidement, on augmente les attentes. Si une personne gagne en efficacité, on finit parfois par considérer ce nouveau rythme comme la norme.

Sans s’en rendre compte, le gain de productivité peut alors se transformer en nouvelle pression. L’objectif de l’IA ne devrait pourtant pas être de remplir immédiatement chaque minute libérée. Il devrait être de réduire la friction au travail. De simplifier certaines opérations. D’éliminer les tâches à faible valeur. Et de permettre aux employés d’investir davantage leur temps là où leur jugement, leur créativité et leur expérience font réellement une différence.

Parce qu’au fond, les humains ne cherchent pas seulement à être plus productifs. Ils veulent continuer à sentir que leur travail est utile, reconnu et porteur de sens.

Comment bien réussir ce virage

Les entreprises qui réussiront le mieux leur virage IA seront donc celles qui parleront rapidement et honnêtement des intentions réelles, notamment des raisons de ces changements, des problèmes à régler avec l’arrivée de celle-ci, des tâches à alléger. Mais il ne faut surtout pas oublier d’impliquer vos ressources dans ces changements. Parfois, les employés ont eux-mêmes des solutions encore plus pertinentes que celles auxquelles vous avez pensé!

C’est aussi pourquoi, chez Archipel, nous avons créé un comité d’intelligence artificielle dans l’équipe, pour représenter toutes les expertises. 

Les employés acceptent généralement beaucoup mieux le changement lorsqu’ils comprennent qu’on cherche à augmenter leur impact, et non à diminuer leur importance.

D’ailleurs, l’un des risques les plus sous-estimés de l’IA n’est pas la perte d’emploi. C’est la perte de sens. Si un employé a l’impression que ses idées sont remplacées par des prompts, son jugement devient secondaire, son expertise est moins valorisée ou que tout doit maintenant être produit plus vite, on risque de créer une culture où les gens exécutent davantage, mais s’engagent moins.

L’IA peut améliorer la performance. Je suis d’accord, oui. Elle fait évoluer les rôles, définitivement. Mais elle ne remplace ni la créativité humaine, ni le discernement, ni l’intelligence relationnelle, ni la capacité de comprendre des nuances politiques, émotionnelles ou culturelles.

Autrement dit, plus l’IA progresse, plus les compétences humaines deviennent stratégiques.

Les organisations devraient donc éviter de former leurs équipes uniquement sur les outils. Elles devraient aussi renforcer ce qui différencie encore profondément les humains. Plus précisément la pensée critique, la capacité d’analyse, le jugement, la communication, et aussi l’empathie. 

Parce qu’un employé qui sait utiliser l’IA sans développer son jugement devient simplement plus rapide, mais un employé qui développe son jugement avec l’IA devient beaucoup plus précieux.

Ça va tellement vite! 

Un autre élément important selon moi concerne la vitesse à laquelle évoluent ces outils. On s’entend, chaque deux jours je reçois des courriels sur des conférences données en intelligence artificielle, sur l’agentique, sur la gestion du changement dans l’implantation de l’IA… ouf! Je ne sais parfois plus ce qui est pertinent pour mon équipe tellement cela évolue vite. Et on ne peut pas se mentir, il faut suivre! Par contre, quand on dit évolution, on dit aussi changement, nouvelle politique, nouvelle procédure, nouveaux processus, voire nouveaux rôles. Mais on n’a pas nécessairement le TEMPS pour s’adapter! Et c’est ce que je déplore ici. 

Même les employés ouverts à l’innovation peuvent ressentir une fatigue cognitive importante lorsqu’ils doivent continuellement apprendre, s’ajuster et performer en parallèle.

Je me dois donc de m’assurer que les employés ne vivent pas de fatigue numérique, d’anxiété liée à la performance, de perte de confiance, de difficulté à déconnecter (je pourrais en nommer quelques-uns ici!), mais aussi de dépendance excessive aux outils.

En plus, les employés ne vont pas tous au même rythme côté nouvelle technologie ou nouveaux outils. Certains sont nés avec et en mangent au petit déjeuner, d’autres ont plus de difficultés à suivre. Il faut donc s’assurer de donner des tâches précises à ceux qui en veulent plus, et s’assurer de bien former ceux qui ont une capacité d’adaptation plus longue. 

Le risque n’est donc plus seulement technologique. Il est psychologique.

C’est pourquoi les entreprises gagneraient aussi, selon moi, à normaliser le fait que personne ne maîtrise encore complètement cette transformation. Même les experts apprennent en temps réel. Créer une culture d’expérimentation — plutôt qu’une culture de performance immédiate — réduit énormément la pression sur les équipes.

C’est pourquoi notre comité d’IA se permet des phases tests, de valoriser les apprentissages plutôt que seulement les résultats et accepte que certaines expérimentations échouent, mais surtout, commence 1 ou 2 chantiers à la fois. Vouloir tout changer en même temps est impossible. 

Au final, les entreprises qui tireront le meilleur de l’IA ne seront pas nécessairement celles qui automatiseront le plus vite.

Ce seront probablement celles qui réussiront à préserver quelque chose de rare : des employés qui sentent encore que leur intelligence, leur expérience et leur jugement ont de la valeur.

Geneviève Riendeau
Gestionnaire des opérations et des ressources humaines